Du 8 octobre au 20 novembre, le collectif Vi-SA présente à Paris une pièce nourrie par la légende de la reine Pokou. Impulsé par Hermann Kouadio, d’Abidjan à Paris, c’est l’histoire d’une pièce qui s’est questionnée et retravaillée afin de se transmettre.

« Il existe des histoires qui nous poursuivent longtemps avant que nous décidions de les raconter. »
Une histoire qui interroge le présent
Dans « Bienvenue chez les Berton », un couple fête chaque année l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Quand une invitée demande qu’on raconte la légende de Pokou, la soirée bascule : chacun révèle sa vision de l’amour, du pouvoir, du sacrifice et de la liberté, et une annonce inattendue force Aura et Sylvain à une décision qu’aucun n’était prêt à affronter.
La pièce questionne aussi l’héritage de Pokou, figure qu’on utilise pour célébrer « les sacrifices des femmes » et les inciter à taire leurs envies.

À Abidjan, la passion de la scène
Hermann a d’abord étudié la communication et le journalisme en Côte d’Ivoire. Mais ce sont les arts de la scène qui l’ont happé : plusieurs spectacles, dont des comédies musicales. En 2023, il présente « Aura Poku » à Abidjan, très bien accueillie. Pourtant, une attente reste insatisfaite : il voulait faire ressentir le drame, et le spectacle a pris une coloration plus comique.

À Paris, la formation et la première remise en question
En France, où il se forme à l’art dramatique pour se professionnaliser, Hermann mesure l’écart : « Je n’avais pas suffisamment dirigé les acteurs pour qu’ils aient conscience de l’enjeu de l’histoire, notamment la menace de mort qui pesait sur eux. Une mise en scène plus minimaliste aurait pu aider à créer cet effet dramatique. » D’où l’épure de sa nouvelle pièce.
La seconde remise en question : le thème ne suffit pas
Lors de sa première présentation devant ses formateurs, il comprend que son thème, la place et la liberté de la femme, prend trop de place au détriment du rendu. Il retravaille l’écriture et la mise en scène pour que la trame soit comprise dès qu’on regarde. Une belle histoire ne suffit pas, il faut savoir la transmettre, ici en 60 minutes pile.

Le défi des comédiens : restituer sans caricaturer
Faire incarner des personnages ivoiriens par des comédiens qui ne le sont pas : « un exercice délicat », résume-t-il. La réponse tient dans la tradition du conte. Tous les personnages deviennent tour à tour narrateurs, la parole circule de bouche à bouche, et un picnic devient une scène, où les nappes se changent en étoffes royales.
S’entourer pour prendre du recul
Pokou, Hermann la connaît depuis toujours : selon la légende, le peuple auquel il appartient – Les Baoulé – descend de l’exode qu’elle a conduit. Cette proximité a un revers, le manque de recul. Il a ouvert l’écriture à Clotilde Marcelot, co-autrice et assistante à la mise en scène, dont le regard neuf a rendu certaines scènes plus crédibles. Transmettre, c’est aussi accepter de ne pas tout porter seul.

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