C’est dans un studio d’enregistrement que nous retrouvons David Edson Tayorault, ce samedi 24 octobre 2026. L’artiste est en pleine séance arrangement.

Musicien, chanteur et arrangeur ivoirien, David Tayorault est à l’origine de nombreux succès musicaux qui ont fait de lui une figure incontournable de l’industrie musicale ivoirienne, et internationale. Son parcours est notamment marqué par une contribution majeure aux origines d’un genre musical devenu emblématique : le Coupé-décalé.
 

Un contexte marqué par le zouglou, puis l’atalaku

Lorsqu’un extrait d’interview dans lequel David Tayorault affirme avoir créé la musique Coupé-décalé refait surface sur les réseaux sociaux, les internautes s’interrogent. Comment peut-il revendiquer cette création alors que le Coupé-décalé est généralement associé à Douk Saga et à la Jet Set ? À quelle création fait-il précisément référence ?
Toutefois, Totorino le Samouraï, comme il est surnommé, prend soin de préciser qu’il distingue la musique Coupé-décalé du mouvement culturel et festif auquel elle est généralement associée.
« J’ai créé la musique coupé-décalé ».
Au cours de l’entretien, l’arrangeur retrace les origines de cette musique, qui remontent, selon son récit, à une période antérieure à l’émergence du mouvement Coupé-décalé à Abidjan. Dès 2001, les premières sonorités apparaissent notamment avec le titre Prodada du groupe zouglou Espoir 2000, extrait de l’album 4e Mandat, auquel il a contribué.
Issu du langage populaire ivoirien, le terme « prodada » désigne la frime, l’exhibition ou encore l’art d’étaler sa richesse et son train de vie. Le morceau évoque justement ce mode de vie que certains Ivoiriens commencent à adopter à cette époque.
« Nous étions deux arrangeurs sur l’album et j’ai fait trois titres ».
Dans le cadre de ce travail, il collabore notamment avec DJ Mackenzie, qu’il présente comme le premier artiste à être entré en studio pour poser sa voix sur ce type de sonorités, jusque-là jouées dans les maquis. Pour David, ce titre constitue ainsi, l’une des premières étapes de l’évolution vers la musique des DJ (disc-jockeys), avant que le genre ne prenne le nom de Coupé-décalé.
Séduit par le résultat, Totorino le Samouraï envisage alors de développer son propre projet, après avoir participé à ceux d’autres artistes.

De « Prodada » à « Prudencia », les prémices du coupé-décalé

En 2002, la Côte d’Ivoire est secouée par des événements sociopolitiques qui bouleversent le quotidien de la population. C’est dans ce contexte que DJ Mackenzie retourne en studio, cette fois aux côtés d’Erikson Le Zulu, de son vrai nom Éric Bosiki, un chanteur d’origine congolaise.
De cette collaboration naît Prudencia, une œuvre que David Tayorault présente comme l’une des premières à avoir contribué à l’émergence de la musique Coupé-décalé.
« C’est ma première œuvre de ce qui va devenir plus tard le coupé-décalé. Donc, à partir de là, quand je dis que je suis le créateur de la musique du coupé-décalé, personne ne peut discuter. Les choses sont factuelles ».
 
À cette époque-là, on parle d’Attalaku Dj dans les maquis.
Dans les maquis d’Abidjan, cette tendance musicale est plutôt désignée sous le terme d’« atalaku DJ ». Parallèlement, le mouvement de la Jet Set, incarné notamment par Douk Saga, se développe à Paris et dans d’autres capitales européennes.
Au-delà de la musique, il s’agit d’un véritable phénomène social, caractérisé par une manière particulière de faire la fête, de dépenser de l’argent et d’afficher son aisance financière.

Fusion d’une attitude et d’une musique

Pour y parvenir, il maintient notamment certaines sonorités de guitare propres à la musique congolaise et y associe des interventions vocales caractéristiques des ambiances ivoiriennes. Celles-ci mêlent des interjections, des expressions en français et des termes issus du Nouchi, l’argot ivoirien, employés par les DJ pour animer les soirées.
Cette combinaison contribue à façonner une identité musicale singulière, à la croisée des influences congolaises et ivoiriennes, qui accompagne l’essor du Coupé-décalé.

Vingt-cinq ans après, une musique toujours vivante

Au regard de son témoignage, David Tayorault revendique ainsi un rôle majeur dans la création de la musique Coupé-décalé. Le natif de Divo affirme avoir contribué à l’élaboration des premières instrumentales et productions de ce genre musical, avant que des figures emblématiques comme Douk Saga, de son vrai nom Stéphane Hamidou Doukouré, ne participent à sa popularisation, à la définition de son identité festive et à la diffusion de sa danse.
Il convient toutefois de distinguer la création des premières sonorités musicales de la structuration et de la popularisation du mouvement culturel associé au Coupé-décalé.
Vingt-cinq ans après ses premières expérimentations, cette musique continue de faire vivre le mouvement et de marquer le paysage musical ivoirien, pour le plus grand plaisir de Totorino le Samouraï, qui revendique sa contribution à sa genèse.
Karina Fofana

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Categories: Arts scéniques

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