Journal papier, roi d’antan
Effectuons un voyage dans le temps. Nous sommes au milieu des années deux mille en Côte d’Ivoire où, les smartphones et les réseaux sociaux étaient encore un concept lointain et où internet n’était pas la commodité qu’elle est maintenant.
À cette période où les moyens de divertissement étaient totalement différents; de nombreux médiums aujourd’hui en voie d’obsolescence étaient encore rois dans leurs domaines. L’un de ces rois déchus était le journal papier. Accessoire crucial pour tout citoyen désireux de s’informer, le journal papier était fédérateur. Il offrait des visuels clés pour ceux qui n’avaient pas les capacités de lecture nécessaires, de grands titres pour ceux qui n’avaient pas les moyens financiers nécessaires, et, pour ceux qui n’étaient que peu intéressés par le cycle continu et suffocant des informations, il y’avait aussi de la blague, des gags et de la caricature. Dans ce dernier domaine, nul n’était plus apprécié que le journal d’humour et de BD qui frappe fort, Gbich!
Gbich! un mastodonte du genre
Dans le monde du journalisme, il a toujours existé ce que l’on appelle le dessin de presse ou cartoon journalistique. C’est une façon différente de raconter l’actualité via l’art séquentiel, avec un peu plus de légèreté mais tout autant d’impact.

C’est avec cette idée en tête qu’en 1999, Zohoré Lassane, Illary Simplice (dessinateurs), Bledson Mathieu (journaliste) et Adrien Bonné (financier) fondent le premier journal du genre en Côte-d’Ivoire nommé GBICH!

Depuis la création de l’hebdomadaire le mot d’ordre a été simple: de l’actualité, de la critique sociale, politique et culturelle, tout cela avec de l’humour et un style graphique bien de chez nous. Ce style bien marqué était bien loin des Astérix et Obélix , d’Albert Uderzo, des Tintin d’Hergé ou encore des Lucky Luke de Morris. Mais c’est cette différence qui fera la particularité de Gbich! et lui permettra de définir une génération.
C’est via des personnages et des histoires tels que «Jobleck», « Cauphy Gombo », « Gnamankoudji Zekinan », « Gazou la doubleuse » etc… Et des chroniques écrites telles que « Z yeux voient pas, bouche parle » ou « Courrier Drap. » que l’hebdomadaire réussit le pari de s’imposer dans le quotidien de l’Ivoirien.


Gbich! fut un incubateur pour de multiples créatifs du pays. Scénaristes comme illustrateurs eurent une plateforme pour exposer leurs talents. Pêle-mêle on peut citer des artistes tels que Kan Souffle, Seraye, Zohore, Fletcho, Hillary Simplice et bien d’autres.
Le talent de ces derniers permit à Gbich! de devenir une partie intégrante de la vie de toute une population. Rien qu’en 2015 le journal était dans le top 3 des meilleures ventes du domaine en Côte d’Ivoire. Semaine après semaine, la nouvelle édition était fiévreusement attendue. Cependant, un jour tout changea.
Gbich! K.O debout
Ce journal si prisé, ce rendez-vous si cher aux Ivoiriens, semblait avoir disparu des radars. On pourrait se dire que c’est un énième cas de média qui faisait partie de notre quotidien et qui a juste cessé d’exister pour une raison ou pour une autre. Et pourtant, un peu de recherche nous permettrait de découvrir que la dernière édition en date de Gbich! est sortie ce jeudi 06 août 2026.
Contrairement aux idées préconçues, Gbich! ne s’est jamais arrêté; l’intérêt autour de lui par contre a drastiquement diminué dû principalement à la déchéance du journal papier. Le pivot vers une publication principalement digitale n’a pas suffi à amortir une chute qui semblait prédestinée. Cependant, Gbich! survit via sa présence sur les réseaux sociaux mais aussi grâce à la diversification de ses activités, en allant par exemple explorer les comtés de l’animation.
Toutefois, une analyse des nouveaux moyens de communication du journal révèle que cette transition des kiosques au numérique a été compliquée . Gbich! semble ne pas avoir évolué avec son temps et il y’a une longue liste d’éléments qui le montrent :
• Rareté de poste sur leurs réseaux sociaux hors des unes de la semaine
• aucune diversification des contenus d’un compte à un autre
• pas de capsules vidéo
• Aucun focus sur leurs artistes
• Un site internet inactif
• L’absence de webzine où garder les lecteurs informés
• Un compte TikTok à l’abandon depuis 2020 maintenant
Cette déconnexion avec les temps nouveaux se ressent même dans le manque de fraîcheur de leur direction artistique. Il y a aujourd’hui de nombreux talents ivoiriens modernes qui ont sûrement été bercés par Gbich! et qui auraient énormément de choses à leur apporter à l’instant présent.
En résumé, l’initiative des irréductibles Gaulois de la BD à l’ivoirienne de continuer à sortir une nouvelle édition chaque semaine est louable. Mais il y’a largement mieux à faire.



