Entre Abidjan et Kinshasa, Clash intrigue, séduit souvent par sa mise en scène, mais peine parfois à transformer son énergie musicale en véritable tension dramatique.
Avec Clash, Philippe Lacôte (Run, La Nuit des Rois) signe sa première série et plonge le coupé-décalé dans une fiction de rivalité, de célébrité et d’ego. Entre Abidjan et Kinshasa, la proposition intrigue, séduit souvent par sa mise en scène, mais peine parfois à transformer son énergie musicale en véritable tension dramatique.
Par Ange Pat

Le coupé-décalé n’a jamais vraiment eu besoin de fiction pour produire ses propres mythologies : artistes flamboyants, rivalités publiques, buzz, scandales et affrontements symboliques font depuis longtemps partie de son ADN. Il ne manquait finalement qu’une série pour transformer cette matière en récit. C’est l’ambition de Clash, création originale de CANAL+ en huit épisodes, coécrite par Philippe Lacôte, Gauz et Camille Lu-Dac.
Une histoire convaincante dans un univers riche
Sur le papier, le projet avait tout pour faire du bruit : deux DJ, Shogun et Diamantino, d’abord amis puis rivaux, une guerre d’ego nourrie par les managers, les familles, les réseaux sociaux et deux villes qui deviennent presque des personnages à part entière. Abidjan et Kinshasa ne sont pas de simples décors : elles incarnent deux imaginaires musicaux, deux rapports au succès et deux façons de vouloir régner.
C’est d’ailleurs dans cette circulation entre les lieux, les corps et la musique que la série est la plus convaincante. Dès les premières scènes, la patte Lacôte saute aux yeux. La photographie donne à Abidjan et à Kinshasa une présence presque documentaire, et certains moments semblent capturés sur le vif. Le plan-séquence de l’épisode 4, autour de l’Atalaku de la bande de DJ Diamantino, résume cette force : la caméra ne se contente pas d’illustrer la musique, elle en transmet l’élan, la ferveur et la charge émotionnelle.
Un scénario chargé et une interprétation inégale
Mais cette réussite visuelle révèle aussi les limites de Clash. La série veut tout embrasser : l’amitié brisée, l’industrie musicale, le pouvoir des réseaux sociaux, les ambitions familiales, la rivalité entre deux villes et la fabrication d’une star populaire. La matière est riche, parfois trop. À force de multiplier les enjeux, l’écriture perd en nervosité et peine à hiérarchiser ce qu’elle veut raconter. Le principe d’un « clash » par épisode promettait de l’électricité ; on trouve souvent davantage de contemplation que de tension.

L’interprétation suit cette même logique contrastée. Prudence Maïdou impose une Lady D calculatrice et déterminée, tandis que Jean-Baptiste Lafarge donne du relief au manager Thibaud Danville. Du côté des deux figures centrales, Arnold Matondo apporte à Diamantino une présence parfois inexistante. Ange-Éric N’Guessan, lui, convainc moins en Shogun : son jeu paraît parfois trop proche de l’imitation d’une icône du coupé-décalé, au lieu de laisser émerger une incarnation plus personnelle. C’est dommage, car c’est un très bon comédien et on aurait aimé voir sa propre version de Shogun. Il y aurait gagné en justesse, et la série aussi.
Verdict
À mi-parcours, Clash ressemble à une promesse aussi belle qu’inégale. Philippe Lacôte réussit à filmer le coupé-décalé comme un monde vivant, avec ses codes, ses excès, sa théâtralité et sa puissance populaire. La série a le mérite rare de raconter une histoire africaine contemporaine sans chercher à la traduire pour un regard extérieur. Mais elle souffre d’un scénario parfois dispersé, d’un rythme qui s’étire et de personnages qui auraient gagné à être davantage creusés au-delà de leur rivalité. Résultat : Clash séduit l’œil, fait entendre une voix singulière, mais ne captive pas toujours autant qu’il le devrait. Il reste toutefois assez d’énergie et d’ambition pour avoir envie d’écouter le morceau jusqu’au bout.
Note : 2,5/5



