Quand il pleut à Paris, Abidjan est mouillé. Mais depuis quelques années la tendance commence à s’inverser, artistiquement en tout cas. En effet dernièrement un nouveau son émane des studios français, un son fortement inspiré des codes ivoiriens.

La musique populaire française tombe amoureuse de la culture ivoirienne

Ce sont souvent les traces des inspirations congolaises ou nigériennes que l’on entend dans les hits urbains français. Où est-ce que la référence ivoirienne commence donc à apparaître ?

Extrait du clip Mélo décalé

La vérité est qu’elle a toujours été présente. Le logobi par exemple est une danse ivoirienne qui était très populaire auprès des jeunes de banlieue en France dans les années 2000. Il y a aussi le mouvement coupé-décalé, qui a été, dans sa première forme, créé dans les boîtes de nuit de parisiennes, et qui a bercé de nombreux artistes français via sa seconde forme initiée par l’artiste DJ Arafat . Le style, la musique, le jargon à l’ivoirienne, ont toujours fait partie de la vie de tous les français d’origine africaine.

De plus, ces dernières années la transformation de la Côte d’Ivoire en hub touristique a permis à énormément de français de la diaspora de commencer à venir de façon répétitive en Côte d’Ivoire, pour des vacances ou souvent pour s’établir. Tout ceci renforça cette relation déjà existante et commença à donner lieu à des sons tels que :

MHD « la sagacité », 12 millions de vues en 2022

Ce genre d’initiative d’hommage ou d’inspiration existait et commençait à être de plus en plus présente mais, c’est la sortie d’un morceau en particulier qui va tout accélérer.

La sortie de coup du marteau a créé une faille spatio-temporelle qui nous mène à cette réalité.

En octobre 2023, en cote d’ivoire le morceau « coup du marteau » produit par par l’artiste Tamsir en featuring avec le collectif team paiya et dautres artistes tel que renard barakissa, psk et tazeboy, va devenir un hit global.

un hymne à l’honneur de la Côte d’Ivoire rassemblant uniquement des artistes originaires du pays se retrouvera à accumuler plus de 170 millions de vues. La déflagration du coup du marteau se fera ressentir jusqu’outre-mer quand celui-ci décrochera un disque de platine français , le premier du genre. Le succès du hit porter par de nouveaux genre ivoiriens tel que le Biama ou le Maimouna représentera un signe pour les artistes français établis qu’il y avait quelque chose de particulier qui se tramait en Côte d’ivoire, quelque chose qu’il fallait encore plus approfondir. C’est là que sur les deux dernières années nous observerons des morceaux tel que

  • Keblack ft sdm « boulot » en 2024, 21 millions de vues
  • Tiakola « melo décalé »en 2026, 16 millions de vue
  • La mano, « jet set »en 2026, 3 millions de vue
  • Jeune morty, « Ivoire feeling » en juin 2026, 900 milles vues

Des tenues, aux sonorités, jusqu’à souvent des apparitions de figures emblématiques ivoiriennes dans les clips. On plongeait dans une inspiration totale. Ces morceaux, dans la plupart des cas, ont connu un succès monstrueux sur les réseaux sociaux en France. Cela montre que les codes qui font notre culture deviennent reconnaissables pour le public au point même de devenir les fers de lance d’une nouvelle mode musicale .

Qu’est-ce que cette nouvelle inspiration représente pour la Côte d’Ivoire ?

Cette tendance est un bel hommage, une reconnaissance de la pluralité et de la beauté culturelle que la musique de chez nous a toujours possédées. Toutefois, on peut se demander ce que l’écosystème ivoirien gagne de ces beaux hommages ? À cette question, on pourrait répondre que la relation entre les artistes d’ici et de là-bas est renforcée,ce qui se traduit par des collaborations qui se multiplient et apparaissent plus équilibrées qu’auparavant.

Le mouvement aide nos rythmes à franchir les frontières plus facilement ; on le voit avec l’exemple d’un artiste tel que Himra. En plus de permettre aux jeunes artistes d’origine ivoirienne basés en France de représenter les sonorités venant de leur culture, cela permet de créer de de nouveaux mélanges musicaux et stylistiques. Jeune morty, Keeqaid, ou encore Sherifflazone sont de bons exemples de cela.

Tout ceci est respectable, mais certains seraient tentés de dire que ce qui est donné est bien moins important que ce qui est pris. L’initiative serait donc intéressée . Bien que cette opinion soit recevable, il faut noter que certains de ces artistes essaient d’apporter leur pierre à l’édifice d’un environnement duquel ils ne sont pourtant pas directement responsables, et ce même en dehors du simple feat.

Un bon exemple est le titre « Melo Décalé » de Tiakola, qui, en dehors du simple hommage, passe aussi un message fort en faveur de la monétisation des clips ivoiriens et africains en général, qui continue d’être boudée par l’ algorithme YouTube . Tiakola qui pour sa première date de concert après la sortie de son nouvel album a choisi le parc des expositions de Côte d’Ivoire

Extrait du clip Mélo decalé de Tiakola

nouvelle vague là pour rester ou condamnée à disparaître quand les retours monétaires seront moins conséquents et quand le public se désintéressera ? l’avenir nous le dira. Pour l’instant Paris n’est pas prêt de s’arrêter de bouger aux rythmes d’Abidjan .

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