Chez les africains, la cosmogonie – Récit de la naissance de l’univers et du monde physique – est racontée différemment d’une communauté à une autre, des Wè aux Akans, en passant par les Bhétés ou les Senoufos.

L’origine du monde a toujours fait l’objet d’une diversité de versions. Les plus connues sont celles des religions révélées, bien installées dans le monde. Mais l’origine du monde n’est pas simplement religieuse : elle est aussi, et surtout, culturelle. Elle trouve sa définition dans la culture du peuple qui la raconte.
Chez les Africains, la cosmogonie, récit de la naissance de l’univers et du monde physique, varie d’une communauté à l’autre.
Les 1er et 2 octobre 2026, l’Académie des Sciences, des Arts, des Cultures d’Afrique et des Diasporas Africaines (ASCAD) a consacré un séminaire à la cosmogonie africaine, plus précisément ivoirienne, à la Rotonde des Arts d’Abidjan. Des universitaires y ont expliqué comment ces peuples décrivent le monde, les humains et Dieu.


Les Bété : de l’immortalité à l’humanité


Chez les Bété, les deux premiers humains, Zasseni et Zaounon, étaient immortels. Un interdit leur avait été fixé : ne pas manger la viande du libi, un céphalopode noir. Ils l’ont mangée et ont perdu l’immortalité. Comme dans le récit d’Adam et Ève, une transgression a des conséquences, mais ici il s’agit d’une viande et non d’un fruit.
Mais la sanction ne se résume peut-être pas à un changement de statut physique. Et si, pour survivre et vivre ensemble, Zasseni et Zaounon avaient dû s’humaniser, en développant des valeurs comme l’unité et l’ordre ? Devenir humain serait alors un apprentissage, pas seulement une chute.


Les Wè : un Dieu qui se retire


Les Wè croient en Gnonsoa, un Dieu unique, sans forme ni sexe, présent dans toute la nature. Après avoir créé le monde visible et invisible, il se retire au ciel. Il confie les humains à trois institutions sacrées, dont le masque, intermédiaire entre les hommes et lui, et à leurs ancêtres.


Les Sénoufo : des humains inachevés


Pour les Sénoufo, un Être Suprême crée la terre, d’abord un magma dont des animaux mythiques testent la solidité. Les humains sont créés volontairement imparfaits : l’initiation du Poro leur permet de s’accomplir.


Les Akan : une vie en trois temps


Chez les Nzima, la destinée humaine est un cycle : la préexistence, la vie sur terre, puis la vie après la mort, avec possibilité de renaissance. Chez les Agni, la famille réunit vivants et défunts, qui continuent de veiller sur les leurs.


Une culture de tolérance


En conclusion, le professeur Yacouba Konaté a noté qu’aucune de ces traditions n’a cherché à imposer sa religion à ses voisins. Il y voit un esprit de tolérance. Il a aussi évoqué l’absence d’un vide initial et d’un monde créé par la parole, alors que ces sociétés valorisent la parole. Dans certains récits, quand Dieu se retire, il laisse aux humains le rythme pour garder le lien avec lui.
Et si on les avait mieux transmises ?
Ces récits se sont transmis à l’oral, au sein de chaque communauté, sans besoin de les écrire ni de les diffuser. Ne serait-ce pas une raison pour laquelle on n’a pas su les valoriser, au point d’adopter des croyances venues d’ailleurs ? Ces cosmogonies sont aussi valables que d’autres. Des rencontres comme celle de l’ASCAD aident à les faire revivre.

Categories: Société

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